mercredi, novembre 01, 2006

Unifier pour plus lourd peser

Forts du «non» massif au référendum sur la Constitution européenne, les antilibéraux rêvent aujourd’hui d’unité. A quelques mois des élections, un terrain d’entente n’a pas encore été trouvé. Les candidatures se multiplient et les discussions tournent en rond. Les différents représentants de partis ou collectifs antilibéraux ne perdent pourtant pas espoir.

Mis bouts à bouts, les scores des antilibéraux aux élections présidentielles de 2002 représentent environ 15% des suffrages. Ce n’est pas assez pour espérer passer au second tour. Toutefois, une fois additionné à celui des Verts cette même année, ce score est supérieur au score obtenu par Jacques Chirac au premier tour. Sur le papier, une union entre tous ces mouvements semble être une étape logique pour faire de l’extrême gauche un pion majeur de l’échiquier politique hexagonal. Même si de minces efforts sont faits dans ce sens, dans les faits, l’union paraît toujours comme un doux rêve. Le collectif national Alternative à Gauche 2007 semble, pour le moment, être le plus enclin à regrouper les voix de la gauche antilibérale. En effet, un texte, adopté le 10 Septembre dernier, indique clairement que: «Nous voulons rassembler les forces antilibérales de gauche et créer une dynamique populaire et citoyenne autour d’un projet, d’une stratégie et de candidatures communes aux élections présidentielle et législatives.» Ce collectif unitaire (qui représente environ 10 000 à 15 000 militants) s’apprête à désigner officieusement, le 10 décembre prochain, son candidat aux élections présidentielles. Marie-George Buffet (PCF), Clémentine Autain (apparentée PCF), Patrick Braouezec (député PCF de Saint-Denis), José Bové et Yves Salesse (Fondation Copernic) seront alors départagés. Entre manque de crédibilité, d’exposition médiatique et populaire, ce vote est plus symbolique que déterminant. Olivier Besancenot a quant à lui déjà été désigné par la LCR pour qu’il la représente en 2007. Ce dernier n’écarte pourtant pas l’hypothèse unitaire: «je suis prêt à retirer ma candidature pour en soutenir une autre si un accord politique était trouvé entre tous les courants qui n’ont pas renoncé à transformer radicalement la société». C’est dans ce but qu’aura lieu le 8 novembre prochain une rencontre entre les représentants du collectif national et la LCR. Tous les courants de gauche ne sont pourtant pas les bienvenus.

L’union a ses limites

Arlette Laguiller (LO), qu’il serait aisé de croire favorable à une telle entente des antilibéraux, tient à sa sixième (et dernière) candidature. Elle tient pourtant à sa lutte finale: «Je ne vois pas pourquoi on veut absolument que je m'efface devant Bové, Buffet ou Autain. Je pense que j'ai d'autres choses à défendre.» Selon elle, le fait de s’être associé autour du «non» à la Constitutionla LCR que le non ne fait pas un ciment entre les associations, le PCF, José Bové, la minorité des Verts et les socialistes qui ont appelé à voter non. Derrière, il y a des politiques différentes.», déclarait-elle dans un discours au mois d’Octobre. Dans ce contexte, la vision de l’éternelle candidate de Lutte Ouvrière semble ironiquement être la plus lucide. Hormis le caractère antilibéral, il sera difficile de trouver une cohésion politique entre les différentes mouvances. Un des rares points sur lesquels les membres du collectif semble être d’accord concerne le second tour des présidentielles. Ils appelleront à voter pour le PS (en admettant que celui-ci passe le premier tour) car, comme le déclare Clémentine Autain sur Libération.fr: «Toutes nos sensibilités ont toujours appelé à battre la droite et l'extrême droite.» européenne n’engageait à rien à propos d’une politique unifiée et unitaire: «J'ai dit à mes camarades de la LCR que le non ne fait pas un ciment entre les associations, le PCF, José Bové, la minorité des Verts et les socialistes qui ont appelé à voter non. Derrière, il y a des politiques différentes.», déclarait-elle dans un discours au mois d’Octobre. Dans ce contexte, la vision de l’éternelle candidate de Lutte Ouvrière semble ironiquement être la plus lucide. Hormis le caractère antilibéral, il sera difficile de trouver une cohésion politique entre les différentes mouvances. Un des rares points sur lesquels les membres du collectif semble être d’accord concerne le second tour des présidentielles. Ils appelleront à voter pour le PS (en admettant que celui-ci passe le premier tour) car, comme le déclare Clémentine Autain sur Libération.fr: «Toutes nos sensibilités ont toujours appelé à battre la droite et l'extrême droite.»

Article rédigé le 31 Octobre 2006.

Le fabuleux destin de François Bayrou

En apparence effacé par rapport à Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy, François Bayrou est pourtant toujours dans la course à l’Elysée. Très en retrait par rapport à la droite, il n’est pourtant pas de gauche. Le président de l’UDF rêve désormais d’être le troisième homme en 2007.

François Bayrou est le candidat libéral social à mi-chemin entre la droite et la gauche. Pour sa deuxième candidature aux élections présidentielles, il propose un programme de rupture. Souvent associé à la droite, l’UDF mène pourtant une guerre ouverte à l’UMP (l’UDF avait refusé de totalement «fusionner» avec le RPR pour former l’UMP). Non content d’avoir menacé de placer une motion de censure lors du vote de la loi instituant le CPE, le parti centriste a également refusé de voter les budgets 2006 et 2007. Le président de l’UDF jouit de qualités qui plaisent aux Français. Un sondage réalisé fin septembre par le site agoravox.com le montrait en tête des intentions de vote. De plus, il dénonce ouvertement la collusion entre les grandes entreprises, les partis politiques et les médias. Selon lui, ces derniers «orientent» les Français vers un «choix préfabriqué». Constant dans ses idées, il n’a pas peur de dire ce qu’il pense. Sa solide expérience ministérielle fait de lui un candidat crédible. Si bien qu’il fait, à quelques mois de l’échéance, figure de troisième homme. Jean-Pierre Chevènement, perçu comme troisième homme potentiel avant les présidentielles de 2002, n’avait pas réussi à confirmer sa popularité lors du passage aux urnes. La situation des deux hommes n’est toutefois pas réellement comparable. Le parti de Jean-Pierre Chevènement, le Mouvement Des Citoyens, était relativement méconnu de l’opinion publique. Celui de François Bayrou, est historiquement reconnu par la population française, même si ses effectifs sont moins conséquents que ceux de l’UMP ou du PS. Et contrairement à Jean-Pierre Chevènement, François Bayrou dispose d’une place sur l’échiquier politique beaucoup plus propice à recevoir des voix de gauche ainsi que de droite.

Oui au «centrisme révolutionnaire»

En plus de proposer un programme de rupture et d’envisager une Sixième République, François Bayrou souhaite faire sauter les clivages droite-gauche. Son idée est de réaliser un gouvernement composé de représentants de partis de droite et de gauche destiné à résoudre les problèmes les plus urgents. Cette notion de gouvernement d’union nationale ne semble pas effrayer les Français. En effet, un sondage réalisé par le CSA à ce propos montre que plus des 70% des sympathisants du PS ou de l’UMP y sont favorables. Dans les faits, l’UDF gagne du terrain à droite comme à gauche. Depuis quelques mois, le parti centriste reçoit régulièrement de nouveaux adhérents venus des deux côtés (y compris des élus). Ces nouveaux éléments s’ajoutent à une structure qui, en cas de victoire, serait trop limitée pour construire et maintenir aussi bien un gouvernement qu’une majorité. Mais avant de penser à la victoire, il est capital que le contexte actuel change. Le leader centriste espère lui-même la fin du «sarko-ségolisme» d’ici quelques mois. Pour être présent et gagner au second tour, il faut que l’un des deux piliers médiatiques s’effondre et qu’il entraîne l’autre dans sa chute. Et même si au final François Bayrou ne devient pas Président de la République, il se voit bien à Matignon. Le président de l’UDF a en effet déclaré le 16 Octobre sur France Info qu’il accepterait «ce genre d’hypothèse» car «on devra gouverner demain au-delà de la frontière droite-gauche».

Article rédigé le 24 Octobre 2006.

L’heure de vérité pour Ségolène Royal

Mardi soir se tient le premier débat interne opposant les prétendants à l’investiture PS. Massivement plébiscitée par les sondés depuis plusieurs mois, Ségolène Royal joue ici sa candidature aux élections présidentielles de 2007. Pour les deux autres participants au débat, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn, il s’agit de rattraper l’avance prise par leur concurrente.

Ségolène Royal doit impérativement présenter une ébauche de programme pendant le débat télévisé de mardi soir. Serrer des mains dans une foire et aller soutenir Michelle Bachelet au Chili ne suffit pas pour être candidat aux élections présidentielles. Bien plus politisés que le grand public, les adhérents au Parti Socialiste exigent de leur candidat qu’il ait un véritable programme à présenter. Mal à l’aise dans ce genre de confrontations, l’ancienne ministre de l’Environnement est consciente des enjeux de l’émission. Sa participation aux prochains débats organisés par le Parti Socialiste a par ailleurs été remise en question pendant plusieurs jours. De plus, ses récentes déclarations à propos de l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne («ma position est celle du peuple français») ont mis à mal sa crédibilité. Ne pas avoir présenté de programme jusqu’à présent ne joue également pas en sa faveur. Sans oublier que Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn peuvent tous deux rebondir sur de potentielles déclarations vagues de Ségolène Royal. Et ce, même si les candidats n’ont hypothétiquement pas la possibilité de s’interpeller directement durant toute la durée du débat. Cela ne peut que rassurer Ségolène Royal dont le camp, selon Le Parisien, avait demandé à la Chaîne parlementaire que les participants puissent s’exprimer par blocs de trente minutes sans interruptions, ni questions, ni commentaires. Les thèmes des questions sont déjà connus des candidats, chacun devrait donc se présenter préparé.

La dernière chance de Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn

Ségolène Royal mène actuellement une opération de séduction des Français qui semble porter ses fruits. Mais avant d’inciter ces derniers à mettre son nom dans les urnes, elle doit convaincre les adhérents du PS de lui accorder leur confiance. Et ces derniers ne sont pas encore totalement convaincus. Restent désormais à passer deux piliers du parti à la rose que sont Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. La présidente de la région Poitou-Charentes, grâce à sa surmédiatisation, a déjà réussi à écarter d’autres concurrents potentiels dans la course à l’investiture. Jack Lang et François Hollande (Premier Secrétaire du Parti Socialiste et accessoirement compagnon de Ségolène Royal) ont tous deux rapidement abandonné, à contrecœur, leur rêve de candidature. Les sondages ne font toutefois pas fléchir Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius. Même si le but annoncé par les deux anciens ministres est de faire mettre en œuvre le projet socialiste avant tout, chacun estime proposer une vision de la France différente. Et pour renverser la tendance actuelle, ils comptent se servir des points faibles de leur principale rivale. Ils n’ont rien à perdre, n’étant pas, l’un comme l’autre, favoris des sondages.

Article rédigé le 16 Octobre 2006.

Le rêve américain de Renault-Nissan

Le constructeur automobile américain General Motors ne s’alliera finalement pas avec le franco-japonais Renault-Nissan. Cet arrêt des discussions n’ébranle toutefois pas le désir du géant eurasien de se trouver un partenaire aux Etats-Unis. Ford semble désormais être le candidat idéal.

Le PDG de General Motors, Rick Wagoner, ne pratique pas la langue de bois pour justifier l’arrêt des discussions entre son groupe et celui de Carlos Ghosn. «Le projet n’était pas dans le meilleur intérêt de GM ni des actionnaires» car, toujours selon lui, «les synergies étaient substantiellement du côté de Renault-Nissan». A première vue, Nissan a effectivement le plus à gagner d’une alliance avec un constructeur nord-américain. Sixième constructeur aux Etats-Unis, Nissan doit consolider sa place sur ce marché. De plus, le groupe franco-japonais doit avoir une «part de marché significative sur le marché nord-américain» s’il souhaite rester compétitif face à Toyota, d’après Harald Hendrikse, analyste chez CSFB. De son côté, General Motors ne désire pas être détourné d’un plan de restructuration qui commence à porter ses fruits. En effet, après avoir perdu plus de 10 milliards de dollars en 2005, GM a réalisé de vrais bénéfices nets durant les deux premiers trimestres 2006.

Au Japon, les analystes sont globalement satisfaits de cette rupture des négociations. Fidèles à la tradition de protectorat nippon, ils estiment que c’est au constructeur japonais que l’alliance aurait coûté le plus cher. Dans un premier temps, ils se félicitent que Nissan n’ait pas à payer de prime pour rentrer dans le capital de GM. Et dans un second temps, les analystes estiment que Nissan doit prioritairement se concentrer sur le redressement de ses ventes plutôt que de chercher à conclure une alliance majeure. Les chiffres de la marque semblent valider ce raisonnement. Les ventes mondiales de la marque ont effectivement reculé de 6% alors que son bénéfice d’exploitation a diminué de 25% entre avril et juin 2006. Ces chiffres ne semblent pourtant pas décourager Nissan. La porte-parole du groupe Mia Nielsen a déclaré que Nissan est «toujours ouvert à une alliance avec un troisième partenaire, y compris un américain».

Chrysler et Ford demeurent les deux candidats potentiels à une alliance avec le géant franco-japonais. L’option Chrysler n’est pourtant pas réellement envisageable de par l’alliance déjà existante entre Daimler et Chrysler. Ford semble donc être le candidat le plus probable à un rapprochement avec Renault et Nissan. Malgré des difficultés similaires à celles subies par GM et dans une moindre mesure Chrysler, Ford propose une situation plus favorable à des discussions avec le groupe franco-japonais. Bien que Ford soit lui aussi en pleine restructuration, son positionnement sur le marché mondial fait de lui un partenaire idéal pour Renault-Nissan. La restructuration n’est pas un obstacle car «le groupe a plus de chemin à faire pour son redressement» estime Himanchu Patel de JPMorgan avant d’ajouter que Ford présente «une meilleure complémentarité de produits en Europe et des positions similaires sur des marchés émergents clés comme la chine». Le président de Ford, Bill Ford, semble être du même avis puisqu’il aurait officieusement contacté le patron de Renault-Nissan, Carlos Ghosn pour lui proposer un rapprochement en cas de rupture des négociations avec GM.

Article rédigé le 11 Octobre 2006

La face bien cachée de l’UMP

Cela fait plusieurs mois que Nicolas Sarkozy, candidat potentiel aux élections présidentielles de 2007, fait de l’ombre à Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et président de l’UMP. Son inévitable candidature ne semble pas être du goût de tous au sein de l’UMP. Michèle Alliot-Marie pourrait en effet bien être un candidat électron libre, avec ou sans le soutien de son parti.

L’omniprésence de Nicolas Sarkozy sur la scène politique et médiatique semble confirmer son auto-désignation comme candidat officiel de l’UMP. Cette mainmise sur le parti agace et ce dernier pourrait bien être à l’aube d’une crise. Les dissensions internes à un parti politique ne sont pas l’apanage du Parti Socialiste. Historiquement, ce clivage à droite existe depuis les années 60 quand les gaullistes s’opposaient aux pompidoliens. Plus récemment, lors des élections présidentielles de 1995, Edouard Balladur s’était opposé au gaullisme d’emprunt de Jacques Chirac. Aujourd’hui, le conflit qui s’annonce au sein de l’UMP apparaît plus personnel qu’idéologique. Initialement, une candidature potentielle de Dominique de Villepin, ou même de Jacques Chirac n’était pas totalement exclue. Désormais, la candidature de Nicolas Sarkozy semble inévitable tant ce dernier multiplie les effets d’annonce et autres déplacements propres à un candidat en campagne.

La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie est toutefois la première à indiquer que le soutien de l’UMP n’a pour l’instant été offert à personne. Elle se réserve également quant à son éventuelle candidature. Elle ne confirmera ou n’infirmera pas sa décision avant début 2007 selon une interview publiée par Le Figaro. La réponse du ministre de l’Intérieur ne s’est pas fait attendre. Au micro de France Inter, il a en effet déclaré que les éventuels candidats doivent «se faire connaître avant la fin du mois de novembre». Le président de l’UMP doit être pleinement conscient des dommages que la candidature de Michèle Alliot-Marie pourraient porter sur la sienne.

Alliot-Marie de l’UMP ou l’UMP de Sarkozy

En se basant sur un point de vue purement symbolique et historique, la ministre de la Défense semblerait presque être le candidat naturel de l’UMP. En effet, Mme Alliot-Marie fut la dernière présidente du RPR (parti héritier du gaullisme duquel est issu l’UMP). Il convient également d’ajouter que les gaullistes ont toujours eu une intransigeance absolue à l’égard de l’extrême droite et des idées qu’elle représente. Le travail de séduction à l’encontre des électeurs de l’extrême droite effectué par Nicolas Sarkozy n’est donc pas pour rien dans la discorde qui règne donc en ce moment entre les deux ministres.

Initialement, elle n’était pas sérieusement perçue comme une candidate potentielle. Mais l’ouragan médiatique représenté par Ségolène Royal lui a peut-être donné des idées. «De nombreux militants me disent d’être candidate ou me disent que je suis la seule à pouvoir battre Ségolène Royal», a-t-elle par ailleurs déclaré dans les colonnes du Figaro. Il est également nécessaire de tenir compte de sa très grande popularité auprès des militaires. Pourtant, Michelle Alliot-Marie n’a pratiquement aucune chance de gagner les élections.

L’ancienne présidente du RPR déclare qu’elle se battra pour que l’union se fasse derrière le candidat «le mieux placé pour gagner». Paradoxalement, elle précise que le «soutien d’un parti est toujours préférable […] mais ce n’est pas indispensable». Son association, Le Chêne est d’ailleurs derrière elle, prête à la soutenir. Sa candidature représenterait pourtant un frein quasiment incontournable à l’accès de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat. Derrière cette unité de façade se cache la détermination de Michèle Alliot-Marie. Il lui reste désormais une importante décision à prendre. A elle de juger si Nicolas Sarkozy d’accéder à l’Elysée vaut le sacrifice d’une éventuelle victoire de son parti aux élections présidentielles.

Article rédigé le 12 Octobre 2006